
Vous venez de confirmer un premier rendez‑vous client et l’envie de lancer vite l’activité vous pousse à choisir la simplicité : créer en nom propre (entreprise individuelle). C’est une option parfaitement valable pour démarrer rapidement, mais elle mérite un bilan clair pour éviter les mauvaises surprises sur votre patrimoine personnel et vos finances. Ce guide pratique vous aide à peser les avantages, les limites et les protections possibles, avec des pistes concrètes selon trois profils : artisan, freelance, investisseur immobilier.
Faire le bilan avant de se lancer
Avant l’immatriculation, répondez à ces questions simples : quelles recettes prévoyez‑vous la première année ? Avez‑vous des biens personnels importants à protéger ? Envisagez‑vous d’embaucher ou de prendre des risques contractuels importants ? Ces éléments orientent le choix entre le statut en nom propre et la création d’une société.
Si vos recettes sont modestes et vos charges faibles, le régime micro‑entreprise permet de démarrer avec une comptabilité allégée, des formalités réduites et des coûts initiaux très faibles. En revanche, si vous avez un patrimoine à protéger (logement, placements), ou si vous prévoyez des recettes substantielles, la responsabilité illimitée de l’entrepreneur individuel peut poser problème.
Avantages pratiques du nom propre
- Simplicité administrative : immatriculation rapide (URSSAF/CCI), démarche en ligne possible, peu de formalités.
- Comptabilité allégée : pour le micro‑BIC/micro‑BNC, tenue minimale et déclarations simplifiées.
- Coût faible au démarrage : pas de rédaction de statuts, pas d’apport obligatoire en capital, frais de création réduits.
- Pilotage direct : décisions prises sans assemblée ni contraintes sociales liées aux associés.
Limites et risques patrimoniaux
Le principal inconvénient : responsabilité illimitée. Si votre activité génère des dettes ou si vous êtes condamné personnellement (ex : litige client), vos biens personnels peuvent être saisis. Des protections existent, mais elles ne sont pas automatiques :
- EIRL (entrepreneur individuel à responsabilité limitée) : permet d’affecter un patrimoine professionnel distinct du patrimoine personnel et de limiter la responsabilité aux biens affectés.
- Déclaration d’insaisissabilité : protège le logement non professionnel (pour les non‑exploitants agricoles et les dirigeants non salariés, sous conditions et via acte notarié).
- Assurance responsabilité civile professionnelle : indispensable pour couvrir les dommages causés aux tiers.
Comparatif synthétique : micro, régime réel et option sociétaire
| Critère | Micro‑entreprise | Régime réel (EI) | EURL / SASU (option sociétaire) |
|---|---|---|---|
| Formalités | Très simples | Immatriculation classique | Rédaction statuts, immatriculation et formalités |
| Responsabilité | Illimitée | Illimitée sauf EIRL | Limitée au capital |
| Fiscalité | Prélèvement libératoire possible ou micro‑BIC/BNC | Résultat imposé à l’IR | IS possible, option IR possible sous conditions |
| Comptabilité | Allégée | Comptabilité complète | Comptabilité complète et règles sociales |
| Coût initial | Très faible | Moyen | Plus élevé (conseil, statuts, formalités) |
Trois cas pratiques chiffrés (exemples indicatifs)
Ces hypotèses servent à comprendre les bascules :
- Scénario 1 — Débutant artisan : recettes 20 000 €/an. Micro‑entreprise souvent adaptée : charges sociales forfaitaires faibles, compta minimale. Protection du patrimoine : déclaration d’insaisissabilité ou EIRL si travaux à risques.
- Scénario 2 — Freelance (consultant) : recettes 45 000 €/an. Micro peut rester viable, mais bascule vers régime réel ou société si dépenses déductibles importantes ou besoin de protection sociale renforcée.
- Scénario 3 — Investisseur immobilier (revenus mixtes) : recettes supérieures et garanties bancaires. La création d’une société (EURL/SASU) et une étude patrimoniale sont souvent recommandées pour limiter la responsabilité et optimiser la fiscalité.
Checklist avant immatriculation
- Estimation réaliste des recettes et plan de trésorerie sur 12 mois.
- Choix du régime fiscal (micro ou réel) selon charges et investissements.
- Vérification du besoin de protéger le logement et autres biens (déclaration d’insaisissabilité/EIRL).
- Contrat d’assurance responsabilité civile professionnelle adapté à l’activité.
- Préparation des pièces : pièce d’identité, justificatif de domicile, description de l’activité, formulaire d’immatriculation.
- Prévoir un budget pour un expert‑comptable si vous optez pour le régime réel ou une société.
Criéer en nom propre est souvent la meilleure solution pour démarrer vite et à moindre coût. Cependant, ce choix doit être précédé d’un bilan de vos recettes prévues et de l’importance du patrimoine à protéger. Si vous hésitez, commencez en micro‑entreprise tout en prenant des mesures de protection (assurance, déclaration d’insaisissabilité, ou affectation EIRL) et prévoyez une transition vers une société si l’activité croît. Enfin, n’hésitez pas à consulter un expert‑comptable ou un avocat fiscaliste pour une solution sur‑mesure adaptée à votre situation.
Ce texte est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Pour une décision sécurisée, faites valider votre projet par un professionnel.
